L’essentiel à retenir
- La soudure à l’arc fait fondre une électrode enrobée dans la pièce : un arc court, un angle stable et une vitesse régulière font l’essentiel du résultat.
- L’intensité se règle d’après le diamètre de l’électrode, en partant des valeurs imprimées sur la boîte, puis s’ajuste sur une chute.
- Masque, gants de soudeur, vêtements en coton épais et ventilation des fumées ne sont pas négociables.
- Pièces porteuses, réservoirs, garde-corps, attelages : ce n’est plus du bricolage, confiez-les à un professionnel.
Vous avez un poste à souder à l’arc dans le garage, une électrode à la main, et chaque tentative se termine de la même façon : la baguette se colle à la tôle, ou le cordon ressemble à une rangée de grumeaux qui se détache au premier coup de marteau. Rassurez-vous, c’est le passage obligé. Souder à l’arc n’est pas une affaire de force ni de matériel coûteux : c’est un geste qui se construit sur quelques repères précis, et sur beaucoup de chutes de métal.
La première fois que j’ai soudé à l’arc, j’ai collé l’électrode à presque chaque amorçage et j’ai mis du temps à comprendre que le problème venait autant du réglage que de ma main. Dans ce guide, je reprends dans l’ordre ce qui m’a fait progresser : comprendre ce qui se passe dans l’arc, se protéger et préparer les pièces, puis le geste lui-même, et enfin apprendre à lire un cordon raté pour corriger le tir. Ce n’est pas un guide d’achat : on part du principe que le poste est déjà là.
Comment fonctionne la soudure à l’arc

Le principe : un arc entre l’électrode et la pièce
Le poste fournit un courant de faible tension mais de forte intensité. La pince de masse est fixée sur la pièce, l’électrode est tenue dans la pince porte-électrode : quand on rapproche les deux, le courant franchit le petit espace d’air sous forme d’un arc électrique, assez chaud pour faire fondre à la fois le bout de l’électrode et la surface du métal. Le métal fondu de l’électrode se dépose dans ce « bain de fusion » et fait corps avec la pièce en refroidissant. Tout le travail du soudeur consiste à entretenir cet arc à la bonne distance et à déplacer le bain de façon régulière : trop loin, l’arc s’éteint ou devient instable ; trop près, l’électrode touche le bain et se colle.
L’enrobage et le laitier : à quoi ils servent
L’électrode n’est pas une simple tige de métal : son âme est entourée d’un enrobage qui brûle pendant la soudure. Il dégage un gaz qui protège le bain de l’air ambiant, stabilise l’arc, puis se transforme en une croûte vitreuse qui recouvre le cordon : le laitier. Cette croûte protège le métal pendant qu’il refroidit, et c’est elle qu’on retire ensuite au marteau à piquer. Comprendre ce rôle explique deux choses que les débutants découvrent à leurs dépens : un enrobage humide ou abîmé donne un arc capricieux et des trous dans le cordon, et un laitier emprisonné dans le métal (quand on avance trop vite ou qu’on ressoude sans piquer) affaiblit la soudure.
Ce que la soudure à l’arc permet, et ses limites
À l’atelier, l’arc est parfait pour assembler de l’acier ordinaire d’épaisseur moyenne : cornières, tubes carrés, fers plats, pieds de table, support de bûches, renfort de remorque de jardin non routière. Il devient plus délicat sur la tôle fine, qu’on perce facilement tant que le geste n’est pas sûr, et il demande des électrodes spécifiques pour l’inox ou la fonte. Gardez aussi en tête qu’une belle surface ne prouve rien : une soudure peut paraître correcte et manquer de pénétration à cœur. C’est précisément pour ça que certains assemblages ne relèvent pas du bricolage, j’y reviens en fin d’article.
Se protéger et préparer avant d’amorcer

Avant le premier amorçage, il y a un passage que je ne saute jamais : l’équipement, l’air, la zone de travail et l’état des électrodes. C’est la moitié de la réussite, et la totalité de la sécurité.
Les protections : masque, gants, vêtements
L’arc émet un rayonnement ultraviolet et infrarouge intense : un seul coup d’œil sans filtre suffit à provoquer un « coup d’arc », une brûlure très douloureuse de la cornée qui se déclare quelques heures plus tard, et la peau nue prend un coup de soleil en quelques minutes. Il faut donc un masque de soudeur avec un filtre de teinte adaptée à l’intensité utilisée (la notice l’indique) ; un masque à cristaux liquides, qui s’assombrit tout seul, aide énormément le débutant à placer l’électrode avant l’amorçage. Ajoutez des gants de soudeur à manchettes en cuir, des chaussures fermées et des vêtements couvrants en coton épais ou en tissu ignifugé : le synthétique fond au contact d’une projection et colle à la peau.
Les fumées : ventiler, capter, et ne pas s’y pencher
C’est le risque qu’on sous-estime le plus, parce qu’il ne fait pas mal sur le moment. Les fumées de soudage contiennent des particules métalliques fines qui pénètrent profondément dans les poumons ; l’INRS rappelle qu’elles sont classées cancérogènes pour l’homme par le CIRC depuis 2017 et qu’elles peuvent provoquer fièvre des métaux, asthme ou bronchite. La priorité va au captage à la source et à la ventilation : souder porte du garage ouverte ou dehors, garder la tête hors du panache qui monte de la pièce, et s’équiper d’un masque filtrant de classe P3 si l’aération est insuffisante. Ne soudez jamais une pièce galvanisée, peinte ou graissée sans l’avoir décapée : les revêtements brûlés produisent des fumées encore plus nocives.
Préparer la zone et les pièces
Les projections roulent loin et restent brûlantes : la zone doit être dégagée de tout ce qui peut prendre feu, avec un extincteur à portée. Ensuite viennent les pièces, et c’est là que se joue une bonne partie de la qualité du cordon. Avant d’amorcer, je vérifie systématiquement ces points :
- Aucun chiffon, carton, sciure, bidon d’essence ou bonbonne dans un rayon de plusieurs mètres, sol non inflammable.
- Métal mis à nu à la brosse métallique ou au disque à lamelles sur la zone de soudure : rouille, calamine, peinture et graisse empêchent la fusion.
- Pince de masse serrée sur du métal propre, au plus près de la soudure, jamais sur l’établi ou sur un étau isolé par la peinture.
- Pièces bloquées par des serre-joints ou un étau, avec l’écartement voulu, et bords chanfreinés à la meuleuse au-delà de quelques millimètres d’épaisseur.
- Câbles déroulés, en bon état, sans gaine fendue, et mains comme gants secs.
Choisir et stocker ses électrodes
Pour apprendre sur de l’acier courant, l’électrode rutile (référence E6013 sur la boîte) est le choix logique : elle s’amorce facilement, l’arc est doux et le laitier se détache bien. Les électrodes basiques donnent des soudures plus résistantes mais sont plus exigeantes à amorcer et très sensibles à l’humidité, tandis que l’inox et la fonte réclament des électrodes dédiées. Le diamètre se choisit selon l’épaisseur de la pièce, et l’intensité selon le diamètre. Côté stockage, une électrode qui a pris l’humidité du garage crépite, colle et laisse des trous dans le cordon : gardez les boîtes fermées, au sec, à l’abri des variations de température, et suivez la notice pour un éventuel séchage (étuvage), obligatoire pour les basiques.
| Diamètre d’électrode rutile | Intensité indiquée par des fabricants | Usage typique |
|---|---|---|
| 1,6 mm | autour de 50 A | pièces d’environ 2 mm |
| 2,5 mm | 60 à 100-110 A selon la marque (Telwin, ESAB) | l’électrode d’apprentissage, épaisseurs moyennes |
| 3,2 mm | 80 à 150 A (ESAB) | pièces plus épaisses, chanfreinées |
| Autres diamètres | valeurs de la boîte | toujours vérifier la notice |
Le geste pas à pas : régler, amorcer, avancer

En vidéo : les bases de la soudure à l’électrode enrobée (chaîne SOUDURE & MÉTALLERIE – Benoît).
Régler l’intensité
Partez du milieu de la plage indiquée sur la boîte d’électrodes pour votre diamètre, puis faites un cordon d’essai sur une chute de même épaisseur que la pièce. Si l’électrode colle sans arrêt et que le cordon reste haut et étroit, posé sur la tôle, l’intensité est trop faible : montez de cinq ou dix ampères. Si l’arc est violent, crache beaucoup de projections, creuse des sillons sur les bords du cordon ou perce la tôle, baissez. Un bon réglage s’entend : l’arc fait un grésillement régulier, comme une friture, pas des claquements. La position compte aussi : à la verticale ou au plafond, on travaille généralement un peu plus bas qu’à plat pour garder le bain sous contrôle.
Amorcer l’arc sans coller l’électrode
Deux méthodes existent. Le grattage, comme une allumette qu’on frotte, est la plus facile au début : on frotte le bout de l’électrode sur la pièce, près du départ du cordon, puis on le relève aussitôt à quelques millimètres. Le tapotement consiste à toucher la pièce d’un petit coup sec et à remonter immédiatement ; il est plus précis mais demande plus de réflexe. Dans les deux cas, l’erreur classique est de rester en contact : l’électrode se soude à la tôle. Pas de panique, un mouvement de poignet sec suffit à la décoller, ou bien on relâche la pince et on coupe le poste.
Tenir l’angle et la longueur d’arc
Une fois l’arc établi, deux repères gouvernent tout. L’angle : l’électrode est inclinée d’environ 60° par rapport à la ligne de soudure, pointe orientée vers le cordon déjà fait, et on « tire » le bain dans le sens de l’avance. La longueur d’arc : on garde le bout de l’électrode à environ 3 à 4 mm de la pièce, soit à peu près l’épaisseur de l’électrode. La difficulté, c’est que l’électrode raccourcit en permanence : votre main doit descendre doucement pendant qu’elle avance, sans y penser. C’est le point qui demande le plus d’entraînement.
Un arc court, un angle constant, une vitesse régulière : presque toutes les soudures ratées trahissent l’un de ces trois repères perdus en route.
Avancer à la bonne vitesse
La vitesse se règle à l’œil, sur le bain de fusion, cette petite flaque orange qu’on distingue à travers le filtre derrière l’éclat de l’arc. Le bon rythme est celui où le bain garde une largeur constante, environ deux fois le diamètre de l’électrode, et mouille bien les deux bords de la jonction. Si vous avancez trop vite, le cordon devient mince, irrégulier, et le laitier risque d’être emprisonné ; trop lentement, la matière s’accumule, le cordon gonfle et la tôle fine finit par se percer. Sur un assemblage, faites d’abord des points de pointage aux extrémités pour bloquer les pièces, puis soudez par tronçons courts en alternant les côtés : la chaleur déforme le métal, et souder d’une traite sur une grande longueur fait vriller les pièces.
Piquer le laitier et contrôler le cordon
Au bout de l’électrode, ou en fin de cordon, ne coupez pas l’arc d’un coup : revenez légèrement en arrière pour remplir le cratère de fin, sinon il reste un creux fragile. Laissez refroidir quelques instants, puis retirez le laitier au marteau à piquer et à la brosse métallique, lunettes sur le nez : les éclats de laitier partent vite et sont tranchants. Une fois la croûte retirée, observez le cordon : c’est votre meilleur professeur, à condition de savoir le lire.
- Préparer : métal décapé, pièces bloquées, masse fixée au plus près, zone dégagée.
- Régler l’intensité au milieu de la plage de la boîte et faire un essai sur une chute.
- Amorcer par grattage près du départ du cordon, puis relever à 3-4 mm.
- Avancer en tirant, électrode inclinée vers 60°, arc court, bain de largeur constante.
- Remplir le cratère en fin de cordon, laisser refroidir, piquer le laitier et contrôler.
Lire un cordon raté et savoir s’arrêter

Sur mes premiers chantiers, je jetais les cordons ratés sans les regarder : c’est exactement l’erreur à éviter. Un cordon raconte précisément ce que votre main et votre réglage ont fait.
Pourquoi la baguette colle
C’est la question numéro un des débutants, et elle a presque toujours une cause simple. Soit l’intensité est trop faible pour le diamètre utilisé : l’arc n’a pas assez d’énergie pour s’établir et l’électrode reste prise dans le bain. Soit l’amorçage est trop lent, ou la main descend trop vite et l’arc devient si court que l’électrode touche la pièce. Les autres coupables sont une électrode humide, une pince de masse mal serrée ou posée sur de la rouille, et un câble trop long ou abîmé. Commencez par remonter un peu l’intensité et par vérifier la masse ; si le problème persiste, changez d’électrode et regardez votre geste.
Bombé, creusé, troué : ce que dit l’aspect du cordon
Un cordon haut, bombé et étroit, posé sur la tôle sans se fondre dans les bords, signale une intensité trop faible ou une avance trop rapide. Un cordon plat, large, entouré de projections et de sillons creusés le long des bords (les « caniveaux »), vient d’une intensité trop forte ou d’un arc trop long. Des petits trous en surface, les soufflures, trahissent le plus souvent une électrode humide, un métal sale ou un arc trop long qui laisse entrer l’air. Un cordon en zigzag montre une main qui hésite ; des écailles régulières et serrées, avec des bords bien raccordés, sont au contraire le signe que l’angle, la longueur d’arc et la vitesse étaient stables.
Quand faire appel à un professionnel
Justement parce qu’on ne contrôle pas l’intérieur d’une soudure à l’œil, certaines pièces sortent du cadre du bricolage. Je ne soude moi-même rien dont la rupture pourrait blesser quelqu’un. Dans ces cas-là, adressez-vous à un métallier ou à un soudeur qualifié :
- éléments porteurs ou structurels : poutres, charpente, mezzanine, escalier, garde-corps, balcon ;
- attelages, châssis, freinage, direction et toute pièce d’un véhicule ou d’une remorque qui roule sur la route ;
- réservoirs, fûts, cuves et bidons ayant contenu du carburant, du gaz ou un produit inflammable, même vides depuis longtemps : les vapeurs résiduelles peuvent exploser ;
- bouteilles de gaz, canalisations de gaz et tout appareil sous pression ;
- pièces de matériel de levage (palan, potence, crochets) et d’appareil de sport ou de jeux.
Une soudure de bricoleur, c’est un portail de jardin, un support d’atelier, une étagère en cornière. Dès qu’une vie dépend de la soudure, ce n’est plus du bricolage.
FAQ : souder à l’arc
Pourquoi ma baguette colle-t-elle en soudure à l’arc ?
Le plus souvent, l’intensité est trop faible pour le diamètre de l’électrode, ou l’arc est tenu trop court. Remontez un peu l’ampérage, vérifiez que la pince de masse est serrée sur du métal propre, relevez l’électrode dès l’amorçage et utilisez des électrodes stockées au sec.
Quelle baguette choisir pour débuter la soudure à l’arc ?
Sur de l’acier courant, une électrode rutile (E6013) en 2,5 mm est le point de départ le plus simple : elle s’amorce facilement et son laitier se retire bien. L’intensité à régler figure sur la boîte, et l’inox comme la fonte demandent des électrodes spécifiques.
Quel masque utiliser pour la soudure à l’arc ?
Un masque de soudeur intégral avec un filtre de teinte adaptée à l’intensité, comme l’indique la notice. Un masque à cristaux liquides, qui s’assombrit automatiquement à l’amorçage, facilite beaucoup l’apprentissage. Les lunettes de soleil ou de protection seules ne protègent en aucun cas de l’arc.
Comment souder à l’arc à la verticale ?
On baisse généralement un peu l’intensité par rapport à la soudure à plat, on garde un arc très court et on remonte de bas en haut par petits mouvements, pour que le bain ne coule pas. C’est une position à aborder une fois les cordons à plat bien maîtrisés.
On écrit « soudure à l’arc » ou « soudure à larc » ?
La bonne orthographe est « soudure à l’arc », avec une apostrophe : il s’agit de souder grâce à un arc électrique. On parle aussi de soudure MMA ou de soudure à l’électrode enrobée.
Ce guide est écrit par Thomas, bricoleur et non soudeur de métier : pour savoir comment nous travaillons et d’où viennent nos repères, rendez-vous sur la page À propos.
D’autres gestes de bricoleur sont expliqués pas à pas dans la rubrique Bricolage.
